Loin d'être éveillé
Qui s'égare ?
Quand tu forces, tu t’égares.
La religion force, le Tao danse.
Quand l'ego veut dresser ton dos sur le coussin, le Tao l’arrondit.
Parfois on observe le souffle, parfois on écoute le chant des oiseaux.
Cesse de te mentir, cesse de revenir aux cadres. Même si parfois tu as peur.
Si tu poses un cadre, le Tao est déjà perdu.
Refuse la perfection, embrasse l’ignorance.
Divague, brûle tes certitudes et les livres : c’est simple !
Pourtant parfois, le mental s’effraie et cherche un secours face au vide,
comme s’il ne savait pas reconnaître sa propre mère.
Craignant le silence, redoutant de voir ses pensées se dissoudre dans la brume de l’ignorance,
il court vers une religion comme on court vers un mirage en plein désert, sans voir l’oasis derrière soi.
Les mots sont fades, si loin du simple « juste s’asseoir ».
J’ai encore du mal avec cette simplicité radicale.
Tantôt j’embrasse, tantôt mon cœur s’embrume si loin qu’il perd le contact avec la Source.
Pourtant, tel un chamane, quand l’ignorance berçait ma vie, je vivais dans l’union.
Puissé-je demeurer dans cette clarté, l’esprit libre de tout dogme.
Puissé-je embrasser la Source à jamais, sans retomber dans les idées truquées et les mensonges des hommes.
Merci pour ce cœur qui bat.
Merci pour ces cœurs qui battent : puissent-ils connaître le bonheur.
Toujours le même endroit.
Pourtant, à chaque passage tout peut changer : les mots, les traces, les posts…
Au gré des orages et des ruissellements de mon esprit.
Rien n’est sûr.
Tout est incertain.
Rien ne dure.
Le Tao accompli, le moi s'efface.
L'eau bouillonne tandis que les herbes dansent
C’est comme dans la vie :
pas besoin d’être musicien ou chanteur pour apprécier une bonne musique
Il suffit d’ouvrir les oreilles et le coeur
À bon entendeur.
Abide
Amis, j’ai trouvé le bonheur.
Là où le Bouddha propose la paix, le Tao offre la joie.
Là où la mollesse s'installe, où l'ego nous illusionne, le Tao vient trancher les illusions et nous libérer.
Quand la beauté du monde m’enchante,
quand la magie éclot et que les oiseaux chantent,
le Zen hypocrite, s'égare et s’enterre dans l’oubli du soi.
Non, cher ami, le Tao est vaste :
il jongle, il s’étend, il apprécie chaque instant.
L’ivresse de la vie est intime.
Cachée dans l’instant, quand le mistral laisse du répit à nos âmes,
le chant des cigales nous ramène au présent.
Si tu as la chance d’entendre un grillon,
et de devenir grillon toi-même,
alors peut-être touches-tu le Tao.
C’est si simple : s’arrêter, suivre le vol d’une mouche,
écouter la symphonie des feuilles…
L’esprit se brouille, le soi fait un pas de côté,
et le Tao fait place.
J’inspire, j’expire, et l’immensité s’élève.
La brise chaude de l’été dans mon dos, le vin élevant mon esprit,
je glisse ces mots ici.
La soif embrouille le monde,
mais celui qui se met nu goûte les délices de la voie.
Le cœur gros, j’aimerais donner ce que je touche,
pourtant cette simplicité rude ne semble plaire qu’à peu.
Une table, des rires, des enfants heureux :
la joie et l’oubli.
Qui est capable d’embrasser la vraie richesse ?
J’écoute les promesses de la vieillesse :
l’esprit tourmenté, le corps à la merci de sondes et de sacs.
Voilà la promesse d’une vie longue et riche.
Finir ses jours dans un lit, espérant que la mort vienne enfin
nous libérer de la solitude :
tel est le quotidien infernal de certains.
Moi, encore fort, je ne sais qu’en penser.
Secrètement peut-être, j’espère que la maladie
aura la bienveillance de me faucher avant.
Ou bien, j’espère que le Tao saura encore me faire rire
de ces tourments d’obstination.
Quelle promesse fais-je ?
Je propose, à ceux qui traversent l’épreuve terrible de la maladie,
à ceux qui se lèvent chaque matin avec la mort pour compagne,
mon chant et mes rires.
Je leur propose la liberté :
faucher la souffrance et la laisser seule,
illusion du mental.
De belles paroles, peut-être,
et pourtant la lumière du cœur peut éloigner bien des tourments.
Un jour passe, et j’abandonne encore quelque chose.
Demain ? Je m’en fous.
Hier ? Je l’offre.
À cet instant, je suis vrai.
Qui peut comprendre ?