Apprendre à nager
Rédigé par Monk Jean Paul
Classé dans : Non classé
Voilà quelques années que le Dude a pris sa place dans ma vie.
La vie, c'est pas un long fleuve tranquille. C'est un torrent qui nous emporte, et on remonte à la surface de temps en temps. Ce soir je remonte.
On cherche des bouées spirituelles, mais elles nous font dériver encore plus loin. Le Bouddha est si loin de mon quotidien, alors que l'ivresse taoïste résonne si fort.
Parfois j'essaye d'y voir clair dans cette mascarade, entouré de gens qui poursuivent l'argent et le pouvoir comme des trous sans fond. Et puis je croise le rire de mes filles, et je comprends. Par l'amour on a semé des graines dans le torrent. Elles ont germé. Dans leurs os j'y vois une partie de nous, qui devient elles. Je vieillis, je deviens moins vif, moins fort, et elles s'endurcissent, poussent, se développent. La magie du transfert.
C'est le Tao. Nous sommes nés pour lui permettre de suivre sa voie. Le plus dur, c'est que cette voie reste mystérieuse tant qu'on reste attaché au moi.
La vraie liberté c'est de comprendre que notre vie n'a pas de valeur dans le sens où nous ne sommes que l'instrument d'un processus si vaste qu'on peut entièrement s'y reposer. Quand je me regarde dans un miroir, j'y vois une succession infinie d'ancêtres, de causes et d'effets. Ce torrent qui continue à travers nous.
Dans le Tao Te King il est écrit : "Tous sont effarés, moi seul divague sans savoir ce que je fais ici." Voilà la sagesse ultime. Reconnaître qu'on n'est qu'une barque vide dérivant sur le torrent.
Cette semaine on a failli perdre notre chienne. Grâce aux copains elle a pu être soignée, une piqûre, quelques heures de repos, et la voilà repartie pour quelques années. On a remonté la pendule. La machine est relancée.
La vie est précieuse, pas parce qu'il faut la préserver, mais parce qu'on est éveillé dedans. Sentir le coeur battre, le vent sur le visage, le fou rire qui fait vibrer jusqu'aux jambes. Ça n'a aucun sens, et pourtant c'est ça vivre.
Le Dudeisme c'est cette capacité à ralentir suffisamment pour se dire que finalement y'a pas grand chose d'urgent. Je passe le plus clair de mon temps à courir sans raison, à vouloir terminer chaque chose le plus vite possible. Ce qui est complètement con.
Un des secrets du Dude, c'est d'être OK là où il se trouve. Il ne cherche pas à échapper au torrent. Il est là, laisse les choses couler. Il Abide, et il prend easy.
C'est simple sur le papier. En vrai ça demande une sacrée dose de rien à foutre.
Ralentir. Take easy. C'est la clé.
Pourquoi j'ai tant de mal à maintenir le cap ? Je connais la voie, je sais ce qu'il faut lâcher, et pourtant je passe le plus clair de ma vie la tête sous l'eau à courir je ne sais où.
Il suffit d'Abide.