Quand la vague se sait vague

Rédigé par Monk Jean Paul
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Poussière s'élevant, poussière se dispersant.

Nous divaguons.
Qui sait ce que demain lui réserve ?
Le sage, lui, abandonne l'après.
Demain est si incertain. Parfois je me surprends à rêver d'un futur.
Pourtant ce que je vis n'est que présent.
Là, je me dis : qu'est-ce qui m'empêche de vivre cela, maintenant ?
C'est assez naïf, et pourtant si profond.

Nous passons une belle partie de notre vie à attendre.
À attendre le bon alignement des planètes.
Quand j'aurai ceci, quand j'aurai fait cela, alors je pourrai, alors je serai.
Pourtant si on creuse un peu, rien ne sera différent de cet instant précis.
Rien d'ajouté ne comble un manque qui n'en était pas un.

Le bonheur se cueille au détour d'un champ.
Il est à la frontière exacte entre admirer un coquelicot et le cueillir pour tenter de le fixer.
Il est pile au moment où l'émerveillement naît, où la larme se love au bas des yeux, juste avant qu'on veuille la cacher.

Je ne sais combien de temps le ciel va m'accorder ici.
Je me surprends à remercier ce que j'ai pu vivre, et dans le même souffle à demander de séjourner un peu plus.
Il y a tellement de belles choses à voir, à faire naître et germer.

Vivre l'esprit libre, c'est le Tao.
La foi, c'est de poser demain dans le Tao pour vivre le présent.
J'aime beaucoup cette racine : le présent, c'est le cadeau, ce qui est offert.
Souvent nous le gâchons en occupant notre espace mental de demain et d'hier.
Ces choses ne sont ni à nous, ni de nous.

Parle avec un centenaire, il te dira que la vie est courte.
Tout passe si vite, et nous sommes si occupés à brasser de l'air.
Effrayant. Pourtant s'arrêter est gratuit, et dans l'arrêt se trouve l'immensité du présent.

Nous ne sommes que poussière s'élevant, poussière se dispersant.
Le ciel et la terre n'ont pas de préférence, ils traitent les dix mille êtres en chiens de paille.
Ce n'est pas du mépris, c'est l'absence de partialité.
Mon moi, ma vie, mes accomplissements ne pèsent pas plus que le reste.

Chaque pas dans la vie est un pas de plus vers la dissolution.
À quoi bon croire plus ? La feuille se rêve-t-elle tournesol ?
Le chien se rêve-t-il tortue ?
Je ne sais pas. Le papillon non plus ne savait pas.
Vie est vie, mort est mort, soi émane et se disperse.
Comme une fleur jaillit, parfume, et se disperse.
Personne ne pleure la fleur. L'abeille vient, la Nature continue.

Nous ne sommes que pollen divaguant sur le fleuve de l'immense vie.
J'ai encore beaucoup de résistances. La vraie force est de les voir.
Le Wu Wei est un art subtil. Non pas s'en foutre, mais avoir conscience de sa condition d'homme du Tao.
Si la vague se sait vague, alors nulle crainte de la falaise.

Abide.

Photo merci Gabin Cobret