Vivre, vivre avec le mystère, l'ultime réponse du Dudéisme

Rédigé par Monk Jean Paul Aucun commentaire
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Des années de recherche

Après des années de recherches spirituelles, des heures passées sur un coussin je n'ai fait que creuser et tomber sur une infinité de questions.

Je n'ai pas connu un grand éveil spectaculaire, mais j'ai réussi à faire pas mal planter mon cerveau et atteins divers états que je ne pourrais pas vraiment décrire. Ce que je peux dire, c'est que toutes ces expériences ne sont que des effets psychiques à force de s'user dans la méditation et autre.

J'ai compris que notre mental ne sait pas s'arrêter de chercher.

Les frontières deviennent floues

Plus on prend de la distance plus les choses deviennent, floues.
Plus on creuse, plus on a de questions, plus les réponses deviennent des questions.
On se heurte à notre incapacité à comprendre et à concevoir.
Finalement on se heurte à soi-même, au vide, au non-concept, au sans-mot
Un chercheur spirituel court dans un labyrinthe mental.
Imaginez que vous ne connaissez pas le goût « sucré », et que mentalement vous essayez de le saisir, de le comprendre, c’est impossible.
Le mental et ses capacités sont limitées, il ne sait pas concevoir l’inconnu.
La réalité absolue ne peut se scinder, la vérité ultime ne peut s'approcher, car elle est, elle se vit.

Mais nous, nous souhaitons des réponses...
Embrasser la confusion.

Abandonner le chercheur

Le dudésime et donc le taoïsme, permettent d'arriver.
Si on laisse la pensée chercher, elle se perd.
C'est peu être ça la conclusion : laisser tomber le chercheur.
Le chercheur qui est en nous, ne sait pas se contenter, il ne sait pas qu'il est vivant.
Le chercheur sait qu'il y a une vérité et la cherche, mais il ne se rend pas compte qu'il est vivant et que c'est ça sa vérité. Il est ce qu’il cherche.
C'est ce qu'apprend le dudéisme : se détendre, prendre la Vie et notre condition humaine comme tel.
La détente est aussi mentale, et consiste à abandonner les Pourquoi, laisser les questions se dissoudre dans l'agitation mentale pour perdre son regard dans les nuages ou sur un petit cul qui passe.
Parfois, le chercheur reprend le dessus et se met à creuser.
C’est comme un chien dès qu’il trouve un os, il va le ronger, à nous de ne pas lui donner d’os.
Ce qui est marrant, avec ce chercheur interne c'est qu'il est "toujours presque arrivé à la vérité", il le sent et se précipite vers d'infinie voies d’éveils.
Une aubaine pour les gourous en tout genre en quête de chercheur à saigner.

Je ne sais rien

Bref, après des années de quête spirituelle je peux affirmer que je ne sais rien, et que je ne saurais jamais rien vivant ou mort.
Car le "je" qui cherche à comprendre ne fait pas partie de la réalité absolue qu'il tente de conceptualiser.
Il faudrait que le "je" s'effondre tout en restant existant, pour observer le 'tel-quel", curieux paradoxe.
Par contre j'ai appris à lâcher.
J'ai appris laisser tomber et en avoir rien à foutre, et pour paraphraser Dogen, j'ai appris à m'oublier.
Je n'ai rien appris d’intellectuel, j'ai appris à lâcher prise sur l'importance du moi, sans pour autant rejeter le l'égo, le "je" ou le diaboliser. Je peux simplement dire rien à foutre de façon assez large.
Et je continue chaque jour à apprendre à lâcher encore et encore.
Mon mental prends, ma pratique lâche, sans fin ...
La vérité absolue me semble banale : nous naissons, nous mourrons comme tout ce qui est.
Les éléments, l’énergie qui nous compose et anime ne sont qu'un processus, un flux, un souffle, un mouvement impermanent.
Nous sommes du vent qui a conscience d'être du vent et qui aimerai être éternel.
On peut se raconter l'histoire qu'on veut : vacuité, tao, néant, grand tout et on s'en tape pas mal.
L’histoire n’a pas d’importance, elle n’a de sens que pour notre tête, que pour le "je", alors trouvez votre histoire.

Une réponse

Dans le dudéisme on apporte une réponse au chercheur,
Elle est vraiment simple : détends-toi et vie sans être un connard.
Laisse tes questions, laisse le chercheur se créer des nœuds, de toute façon il se trompe et les réponses le dépasse.
De mon côté, quand je lisait encore les philosophes, je me rendais compte à quel point l'homme peut se perdre dans sa tête et aller trop loin dans les concepts.

Il n’y rien à chercher, et l’éveil c'est comprendre qu'on est en train de passer à côté de sa vie en poursuivant des questions qui n'ont aucune utilité dans l'absolu et sûrement aucune réponse.
Chercher des réponses avec sa tête c’est comme essayer d’expliquer l’électricité à une fourmi.
On passe à côté de sa vie en cherchant l'extraordinaire alors que la réalité est notre vie quotidienne.
Curieusement il semble qu'il faille passer quelques années à parcourir des idées, à méditer, à étudier et d’autres transes psychiques pour comprendre que sa tête est un gros foutoir, une machine à penser qui cherche par tous les moyens de tout expliquer, rationaliser.
Nous avons curieusement besoin de positionner notre « je » dans les interactions du monde, or ce « je » existe seulement dans notre tête.
Nous essayons d’articuler le monde autour du « je » et de l’individualité de tous or ce n’est qu’une infime manifestation face à la soupe cosmique qui compose ce qui est.
Il ne faut pas rejeter le « je », mais comprendre que le mental va chercher à rationaliser et percevoir le monde pour y maintenir le « je ».
Ce n’est donc pas au travers des mécanismes mentaux qu’on peut accéder au présent mais par l’acte de vivre en reconnaissant le rôle et les limite du mental.

L’eveil, la non-vérité comme absolu

Dans mon sens l'éveil, consiste à vivre.
A prendre le "je ne sais pas", comme la vérité absolue, d'accepter le "je", d'accepter le "tout" mais de ne pas chercher à expliquer, ni à y apposer de concept.
La vie est bien trop belle et trop courte pour la passer devant un mur ou se casser la tête dans des pourquoi.
Avec cette attitude l'élan de la recherche se brise, le chercheur se fait plus discret même si parfois il faut encore le remettre à sa place.
Mais on trouve la paix, du moins j'ai trouvé la paix.
Il faut savoir arrêter d'alimenter la machine.

Mot de la fin

Si je devais refaire tout le chemin parcouru aujourd'hui,
j'aurai aimé trouvé un texte qui me dise ça, mais en toute modestie je n’aurai pas pu l’accepter sans ces années de recherches et d’égarement.
Je pense que la quête spirituelle fait son travail pour nous préparer à toucher la banalité des choses.
De mon côté je suis passé par le dépouillement de plusieurs strates, comme celle de la magie ou encore du divin. Chaque abandon m’a permis de descendre vers le réel et de m’émanciper des liens.
Je ne sais pas si c’est nécessaire de passer par là, mais je pense que la bonne boussole est la légèreté d’esprit. Un quêteur spirituel devrait prendre la légèreté et la joie comme cap.

T'as vrai nature c'est toi dans ton entièreté, ce que tu vis en ce moment.
La meilleure façon de vivre la vérité du monde, c'est de se donner du temps pour apprécier chaque instant.
Le chercheur ne peut pas comprendre la paix.
On peut vivre avec l'absence de réponse, on peut vivre avec le mystère comme réponse.

Le mystère

Je pense que la réponse, la paix taoïste consiste à accepter le mystère comme étant la vérité absolue et y apposer un nom : Tao.
De ce vide, de ce mystère naît les dix milles choses, et nous somme une de ces choses composée de mystère.

Pour le reste, détends-nous et apprécions le voyage, il est court et bref.
Nous sommes insignifiants, sans utilité individuelle, des chiens de pailles.…

Quelle chance !


Je peux rire et goûter l'ivresse d'une vie autant miraculeuse qu'insignifiante.
La quête terminée, c'est la disponibilité et l'ouverture qui s'offre.
Embrasse le mystère, désarme ton intellect, écoute le corps et prends un bain d'ignorance.

Abide.

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