Trop de pensée, trop de perfection
Il me semble que parfois le mental cherche un cadre pour à la fois se donner du sens et se rassurer.
Au lieu d’accepter que l’on contrôle peu de choses, on adopte des modèles de perfection et on tente d’en suivre la trace.
Nous sommes infiniment plus instables et complexes que ce que les innombrables voies spirituelles prétendent expliquer.
Tout bouge dans ce corps et cet esprit, mais faut-il se mentir en qualifiant tout cela de « vide » ? Pas si sûr.
La vague existe. La vague a une vie indépendante de la mer : elle a sa vie de vague.
Ainsi, le moi aussi se forme, danse et se disperse.
Ce moi est complexe : une pointe consciente au sommet d’un iceberg inconscient, un amas d’expériences et d’ébullitions émotionnelles mêlées de souvenirs.
De là jaillit une identité, qui se tisse et se défait.
Pourtant, nous avons à vivre.
Plus j’observe mon esprit, moins je le comprends.
Aujourd’hui telle vérité, demain une autre, puis le cycle s’enchaîne.
Il me semble que la vérité ne se touche pas dans les concepts, ni par la pensée, mais dans l’oubli.
Un oubli sain, pas un refus d’être, mais une manière d’être entier, de se laisser absorber par l’immensité du monde et par ce que l’on ressent.
Plus le temps passe, plus l’incertitude grandit. J’ai du mal à comprendre et à me stabiliser.
Le bouddhisme sonne faux. Parfois je m’y accroche et je joue le rôle du parfait petit bouddhiste.
N’est-ce pas simplement pour me rassurer ?
Vivre sous une vigilance et une attention constantes, n’est-ce pas une autre forme de mensonge ?
Je pense que le Tao est plus juste : ni perfection, ni dogme, ni effort forcé.
Quand le Zen me guide, je joue au bouddhiste.
Quand le Tao me guide, je vis pleinement.
Le rien à foutre a son importance.
Le bouddhiste semble avoir peur de vivre.
Le taoïste a compris qu’il n’a qu’une vie.
Alors ? J’assumerai de divaguer sans loi, sans guide.
Me laisser porter par mes sentiments, mes intuitions, la Nature, l’Awen des druides.
Parce que vivre pleinement, c’est embrasser le mystère sans chercher à tout contrôler.
Aucun conseil à donner, aucune voie à suivre.
S’asseoir, marcher peut-être, écouter les oiseaux et profiter du miracle de la vie.
Ce sera déjà pas mal.
Laissez la voix intérieure s’affoler, et tendrement lui sourire.
Photo de Giancarlo Principe | Outdoor Adventures
Il me semble que suivre le Tao, c’est embrasser pleinement l’incertitude et l’inconfort existentiel de l’ego, face au vide de son inutilité, de son inconsistance et de son inconstance.
Accepter la radicalité de notre condition.
Voir le vide derrière tout ce que nous portons, sans faiblir et sans se raconter d’histoires d’éveil, de bonté ou de perfectionnement.
Voir la boue comme boue, et accepter.
Le taoïsme pique : il te plonge dans une paix rugueuse.
C’est la voie de ceux qui cherchent et trouvent le réel.
Dans ce réel, il n’y a pas de salut, pas de sauveur, ni personne à sauver.
C’est un dépouillement total.
Là où même les larmes deviennent inutiles.
Une fois les mélodrames de l’ego passés,
il reste la beauté de l’instant.
Nulle technique, nulle promesse.
Allons marcher, s’asseoir, rire un peu.
Telle est la voie qui se trace sous tes pieds, chaque jour, d’elle-même.
Il n’y a rien à faire, pas de perfection : tout se déploie et suit sa nature.
Quand tu lèves ta coupe à la lune, le souffle du vent t'embrasse.
J'étais parti encore trop loin, mais la randonnée est terminée.
Embrasser la simplicité.
Abandonner la quête de la perfection, vivre pleinement et faire confiance au Tao.
Accepter le mystère et profiter, sans se brûler, du miracle de la vie.
Cultiver la gentillesse, cueillir la joie.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
Loin d'être éveillé et pourtant si heureux.
Qui s'égare ?
Quand tu forces, tu t’égares.
La religion force, le Tao danse.
Quand l'ego veut dresser ton dos sur le coussin, le Tao l’arrondit.
Parfois on observe le souffle, parfois on écoute le chant des oiseaux.
Cesse de te mentir, cesse de revenir aux cadres. Même si parfois tu as peur.
Si tu poses un cadre, le Tao est déjà perdu.
Refuse la perfection, embrasse l’ignorance.
Divague, brûle tes certitudes et les livres : c’est simple !
Pourtant parfois, le mental s’effraie et cherche un secours face au vide,
comme s’il ne savait pas reconnaître sa propre mère.
Craignant le silence, redoutant de voir ses pensées se dissoudre dans la brume de l’ignorance,
il court vers une religion comme on court vers un mirage en plein désert, sans voir l’oasis derrière soi.
Les mots sont fades, si loin du simple « juste s’asseoir ».
J’ai encore du mal avec cette simplicité radicale.
Tantôt j’embrasse, tantôt mon cœur s’embrume si loin qu’il perd le contact avec la Source.
Pourtant, tel un chamane, quand l’ignorance berçait ma vie, je vivais dans l’union.
Puissé-je demeurer dans cette clarté, l’esprit libre de tout dogme.
Puissé-je embrasser la Source à jamais, sans retomber dans les idées truquées et les mensonges des hommes.
Merci pour ce cœur qui bat.
Merci pour ces cœurs qui battent : puissent-ils connaître le bonheur.